Les mots à la bouche. 

2026


10 serviettes,  10 récits  - Résidence d'artistes BOUCHERIE centre d'art performatif. boucherie centre d'art performatif


Ce projet prend forme à partir d’un geste quotidien : celui de s’essuyer la bouche au cours d’un repas. Un geste de tous les jours, discret, qui accompagne les paroles échangées autour de la table.

Au fil de quatre repas partagés, j'ai proposé 10 courts récits tous en lien avec 10 serviettes blanches aux monogrammes de D&L, présentant des tâches absorbées, diffusées dans le tissu. J’aime à penser que ces serviettes portent en elles des mots, des paroles retenues, des phrases interrompues, des confidences que l’on ne fait souvent qu’à soi-même. Des mots qui ne doivent pas aller plus loin que la serviette. Des mots essuyés presque au moment même où ils apparaissent.

Ces mots pourraient être issus de fragments de phrases, de pensées que D&L ont prononcés lorsqu’ils dinaient ensemble, ou seuls. Ce sont les seuls témoignages de leurs existences, et de leur disparition.

Présentés dans des boîtes blanches, toutes numérotées et identifiées, textes et serviettes composent un ensemble qui oscille entre inventaire domestique et archive intime. Les tâches, modestes empreintes d’un quotidien disparu, prennent peu à peu la valeur d’une relique qui ne raconte pas précisément ce qui s’est passé mais qui en est le reste.

Le projet résonne avec les Tableaux-pièges de Daniel Spoerri, dans lesquels les restes d’un repas deviennent les vestiges d’une présence humaine. Mais là où Spoerri fige les objets et les reliefs matériels du repas, Les mots à la bouche tente de retenir ce qui disparaît le plus rapidement : la parole elle-même, les phrases fugitives, les pensées absorbées dans le cours de la conversation, les paroles écrasées, malmenées, ignorées.